13 novembre 2015 : Paris attaquée

#prayforParisIl est plus de 21 heures quand le téléphone de ma femme sonne. À ce moment-là, nous sommes à la maison, on est vendredi, sa sœur est venue de Paris pour passer le week-end avec les nouveaux sudistes. On sort de table et on en est au café, avec des petites douceurs rapportées de Turquie par la tante de ma femme. Le téléphone de ma femme sonne, disais-je, et nous continuons de discuter de sujets tellement futiles, que je n’arrive pas à me rappeler de quoi nous parlions.

Ma femme décroche et je la vois blêmir, sa main posée contre sa bouche comme pour ne pas crier. Le temps s’arrête. Je la regarde et je lui demande ce qui se passe. À ce moment très précis, je ne sais pas qu’elle a ma mère au téléphone et que ses mots ont été : « Adrien, fusillade. » Adrien, c’est mon petit frère, il habite dans le 10e arrondissement. En plein cœur du quartier où les événements ont eu lieu. Je prends le téléphone et j’essaie de comprendre, mais surtout de savoir s’il va bien. C’est con comme on peut être égoïste dans ces moments. Et puis je raccroche pour appeler tout de suite mon petit frère. Quand je l’ai au téléphone, ses mots sonnent encore dans ma tête : « c’est bon, je vais bien, ça va, mais c’est bon stop ! » Après ça, j’ai allumé la télé, pris mon portable pour aller sur Facebook et Twitter, c’est là que j’ai pris conscience de ce qui se passait. Le monde était devenu fou.

À trois heures du matin, je finis par m’endormir, de fatigue. Je repense à ces derniers jours, aux NRJ Music Awards qui avaient lieu à Cannes, et je me dis que ça aurait pu avoir lieu là-bas. Je pense à tous mes amis qui sont sur Paris et avec qui on avait l’habitude de traîner dans ces quartiers comme la plupart des victimes. Je pense à Bertrand, qui a le bar « le Complot » à Oberkampf (sacré non au fait!), à Fred, Matias, Pit, et les autres. Et puis je finis par penser aux parents des victimes, à ces pères et mères qui doivent être dingues de ne pas savoir ce que sont devenus leurs enfants. Et il y a les terroristes. Je ne sais pas quoi dire, je pense également à leurs parents, leurs familles, que doivent-ils se dire ? Penser ? Sont-ils fier ou se sentent-ils honteux ? se demandent-ils ce qu’ils ont pu faire pour que leurs enfants deviennent des monstres ? 

Le réveil est comme une mauvaise cuite. J’allume la télé, BFM continue à montrer ces images de la nuit, je pleure. Je ne sais pas vraiment pourquoi, mais je pleure. Ou plutôt si, je sais, je pleure de tristesse pour ceux qui ont perdu leur vie parce qu’ils étaient trop tolérants, trop ouvert d’esprit, trop bon, trop con peut être. Je pleure de rage parce que j’ai une furieuse envie de frapper, de crier, de détruire. Et j’entends cette Marseillaise. Ce chant, cet hymne qui est le nôtre, joué, chanté partout dans le monde comme un écho qui montre à ces connards qu’ils ne nous auront jamais. Ah oui, je deviens vulgaire, très vulgaire. J’ai du mal à lire ou à regarder certains posts. On sort et là, je vois un truc hallucinant : Cannes est sonnée. Cette ville si joyeuse se lève sonnée. Après les intempéries qui nous avaient touchées, mais contre lesquelles on ne pouvait rien, vient la peur du terrorisme qui vient nous toucher. Si Paris est meurtrie dans sa chaire, la France elle est touchée partout. Les gens demandent des nouvelles de leurs proches :  » il est pas sur Paris ton fils ? Ma fille ma dit que… Et Richard, t’as des nouvelles de Richard ? il devait pas monter sur Paris ? »…
pary_for_paris
Après la peur et la tristesse, je me dis comme beaucoup d’autres qu’il faut se ressaisir. Comme tout futur quarantenaire qui ce respect, la phrase, de Maître Yoda à Luke Skywalker, résonne dans ma tête : « la peur est le chemin vers le côté obscur : la peur mène à la colère, la colère mène à la haine, la haine… Mène à la souffrance. » Je ne leur laisserai pas ma peur. Alors, pour me recharger les batteries, je regarde des choses drôles. J’en ai besoin. Nous allons devoir expliquer à nos enfants ce qui se passe et pour cela nous devons être fort. Je vois ce présentateur américain sur HBO qui dit que s’il y a bien un peuple que l’on ne pourra jamais combattre sur le terrain du savoir-vivre, c’est bien la France. Il y a ces vidéos, ces photos, sorte de pieds de nez à l’horreur de ces monstres. Et là, je me rends compte que nos enfants ne comprennent pas ce qu’il se passe. Alors on essaie de prendre le temps de leur expliquer. On leur dit que ce sont des fous. On essaie de trouver les mots. Ils sont fort nos enfants, ils comprennent, ils nous regardent et savent que quoiqu’il puisse arriver, nous serons là pour eux. Mes fils m’ont demandé d’envoyer une vidéo à leur oncle juste pour lui dire qu’ils l’aiment trop fort.

Cela fait maintenant une semaine que c’est arrivé. Une semaine que nous avons subies l’horreur. Aujourd’hui, je me suis demandé quel monde on allait laisser à nos enfants ? Je pense à mes arrières grands-parents qui, eux aussi en leur temps ont quitté leurs pays pour l’eldorado Français. Yervant, l’Arménien, qui a quitté malgré lui la Turquie qui avait massacré les siens, parce qu’ils étaient Arméniens et donc chrétiens, et Raphaël, l’Italien, ce bon vivant apolitique qui ne voulait pas rejoindre les chemises brunes de Mussolini. Que diraient-ils de cela ?

Finalement, je continue encore de pleurer dès que j’entends la Marseillaise, toujours de tristesse, toujours de colère… Il y a aussi le temps des questions : que va-t-il se passer maintenant ? Comment a-t-on pu en arriver là ? Et puis on a décidé de prendre le maquis, la résistance, du coup, on est allé au resto, on s’est baladé sur la croisette, on a acheté du saucisson et du bon vin et je tenais à dire ceci :  » DAESH, DAESH, on t’enc…« , je vous l’avais dit, je deviens vulgaire ;)

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